Redressement : les décisions que le dirigeant conserve

L’image du patron rendant ses clés à l’ouverture du redressement a la vie dure. Pourtant, la procédure du Livre VI du Code de commerce ne cherche pas à l’évincer ; elle lui impose de déclarer la cessation des paiements sous 45 jours, tout en le maintenant en fonction. Ses marges sont plus larges qu’on ne le croit. Gestion courante, contrats en cours, orientations stratégiques : les cartes restent souvent dans sa main. Cette réalité, bien que méconnue, change tout pour le dirigeant.

Le mythe du dessaisissement total

Le débiteur reste en principe en fonction pendant toute la procédure, l’ouverture d’un redressement judiciaire ne provoquant pas d’éviction automatique, et pour le législateur, maintenir le chef d’entreprise aux commandes est un gage de continuité, car personne ne connaît mieux que lui les rouages de sa société. La finalité du redressement est triple : poursuivre l’activité, préserver l’emploi et apurer le passif. Atteindre ces objectifs exige la collaboration constante de ce dernier.

Le tribunal peut toutefois nommer un administrateur judiciaire, dont la mission, définie par le juge-commissaire après avoir entendu le débiteur et les créanciers, consiste à surveiller ou assister ce dernier dans la gestion de l’entreprise, ce qui ne signifie pas que le chef d’entreprise perde automatiquement la main sur les opérations quotidiennes. Les décisions restent le plus souvent entre ses mains.

L’administrateur judiciaire, lorsqu’il est nommé, se concentre principalement sur les actes de disposition, vente d’un immeuble, cession d’un fonds de commerce, emprunt de plus de deux ans, et n’intervient quasiment jamais dans les affaires courantes, qui continue de relever du seul chef d’entreprise, conformément au Code de commerce. Résultat concret : ce dernier conserve un pouvoir bien réel. C’est un peu le propre du droit des affaires de préférer le réalisme pragmatique à la sanction aveugle.

Le quotidien de la société lui appartient encore

Acheter des matières premières, régler les fournisseurs habituels, encaisser les créances client : tous ces gestes ordinaires, que le Code de commerce qualifie d’actes de gestion ordinaire et qui forment vraiment le poumon de l’entreprise, restent au quotidien de son ressort exclusif. Sans eux, l’activité s’arrêterait du jour au lendemain.

Le chef d’entreprise continue aussi d’embaucher, d’établir les plannings ou de lancer une commande urgente sans demander l’avis d’un juge, et cette autonomie s’étend même à la signature des contrats de travail, à la négociation des échéanciers avec les clients et à la résiliation des conventions peu avantageuses. Cette liberté opérationnelle offre un levier précieux pour stabiliser l’activité.

Cette latitude surprend souvent les entrepreneurs peu expérimentés qui redoutent une perte totale de contrôle, alors qu’en pratique, une large part de leur influence opérationnelle demeure intacte, notamment sur les décisions de gestion quotidienne, les embauches et la négociation des contrats. Le juge-commissaire fixe sa rémunération, ce qui introduit une limite symbolique. Mais le pouvoir opérationnel, lui, ne s’éteint jamais vraiment.

Salle de réunion avec tables blanches, chaises vertes, mur de briques rouges et tableaux blancs

Ces décisions stratégiques que vous n’avez pas perdues

Au-delà du train-train quotidien, plusieurs orientations, comme signer un contrat de distribution avec un nouveau partenaire, lancer une petite campagne marketing ou choisir un nouvel outil de production, engagent l’avenir. Et ne nécessitent pas toujours l’aval du juge-commissaire.

Si bien que le chef d’entreprise, tant que l’opération ne compromet pas la trésorerie de manière irréversible, peut décider seul, en son âme et conscience, ce qui lui donne un levier décisif. Cette latitude est la clé pour accompagner le plan de continuation.

Le cadre juridique n’est pas flou. Pour saisir les rouages de cette période, il est utile de comprendre la gestion judiciaire d’une entreprise. Ces bases posées, on mesure que le débiteur dispose d’une marge de manœuvre considérable, qui étonne toujours les néophytes mais découle directement des textes. Cette latitude stratégique s’avère décisive pour la suite de l’entreprise.

Une fois ces bases posées, on mesure combien le chef d’entreprise conserve la maîtrise de choix stratégiques qui engagent la suite de l’histoire, car sa liberté de décision, bien que canalisée, reste réelle et peut faire basculer le destin de l’entreprise. Cette liberté découle directement des textes et de la jurisprudence.

Trois décisions que vous pouvez encore prendre

  • Signer un nouveau contrat de maintenance avec un fournisseur habituel.
  • La renégociation des baux commerciaux.
  • Faut-il recruter un intérimaire pour absorber un surcroît d’activité ?

Ces trois exemples très concrets montrent que la réalité du redressement n’a rien d’une paralysie, et un patron averti les transforme en leviers pour stabiliser son affaire, car la marge de décision est bien plus substantielle que ce que les premières inquiétudes laissaient imaginer, et en réalité le redressement offre un espace de manœuvre insoupçonné pour repenser la stratégie. Cette réalité concrète surprend souvent les chefs d’entreprise les plus pessimistes.

Groupe de professionnels en réunion autour d'une table avec tablettes et ordinateurs portables

Où s’arrête le pouvoir du dirigeant

Il y a tout de même des actes qui lui échappent, et c’est heureux, car vendre un immeuble, céder un fonds de commerce ou contracter un emprunt très important sans autorisation exposerait la trésorerie à des risques majeurs, compromettant la poursuite de l’activité. Ces actes de disposition requièrent toujours l’autorisation du juge-commissaire.

Pour ces opérations, le Code de commerce impose l’intervention d’un administrateur judiciaire et, bien souvent, l’aval du juge-commissaire, ce qui garantit que les décisions lourdes de conséquences soient prises dans l’intérêt collectif des créanciers. Le chef d’entreprise n’est pas dépossédé, il est simplement canalisé, nuance capitale. Un accompagnement des entreprises en difficulté s’avère alors précieux pour éviter les faux pas.

La responsabilité personnelle du dirigeant, elle, ne se dilue pas. En cas de faute de gestion avérée, les risques personnels sont bien réels : la faillite personnelle (art. L653-1) ou l’interdiction de gérer (art. L653-8) peuvent être prononcées contre lui.

Même sans mandat, celui qui exerce le pouvoir en réalité peut être qualifié de dirigeant de fait et encourir ces sanctions. La procédure protège l’entreprise, mais elle n’offre aucun bouclier à celui qui a commis des irrégularités. La prudence élémentaire reste de mise, même en période de turbulences.

Garder le cap sans tout perdre

Le redressement judiciaire installe une tension entre la liberté du chef d’entreprise et les garde-fous légaux, si bien que ceux qui traversent l’épreuve sans renoncer à leurs prérogatives opérationnelles sont souvent ceux qui comprennent les règles et dépassent la peur du dessaisissement. Le patron conserve plus de cartes qu’il ne l’imagine au premier jour. Il peut proposer des solutions de restructuration qui orientent la continuité de l’activité. Quelles décisions oseriez-vous prendre pour sauver votre activité ?